Lorsque l’on est au Japon, il n’est pas rare de tester des spécialités dont on avait jamais entendu parler. Et parfois ces expérimentations s’imposent par elles-mêmes. L’histoire que je vais vous raconter aujourd’hui est de cet acabit.
« Ce soir on va dans un izakaya ! »
C’est par cette phrase impérative que tout a commencé. En prononçant ces mots je contraignais Bastien et à moi-même à vivre une soirée inoubliable, dans le mauvais sens du terme. Je suis une ordure sans le savoir.
C’est donc avec beaucoup d’entrain que nous nous sommes décidé à parcourir la rue dans laquelle nous vivons, à la recherche d’un izakaya dans lequel nous pourrions nous sustenter. Nous avions déjà remarqué plusieurs établissements de ce genre sur cette voie, car nous la traversons quotidiennement pour prendre le train à la gare de Tachikawa.
L’un de ces bar-restaurants typiquement japonais nous avait tapé dans l’œil depuis plusieurs jours déjà. Il était toujours plein à craquer, ce qui nous semblait être un gage de qualité. C’était décidé, nous allions passer la soirée là-bas ! Et cela tombait bien puisque ce soir-là des places étaient encore disponibles à notre arrivée !
« Futari desu »
C’est ce que j’ai prononcé à l’une des serveuses pour lui indiquer le nombre exact de personnes que nous étions… C’est-à-dire deux. Au-delà du nombre, je crois que mon interlocutrice a tout d’abord vu que nous n’étions pas du coin avec nos grands yeux et notre peau blafarde. Elle a donc immédiatement entrepris d’aller chercher une de ses collègues à l’aide.
Il fallait bien autant de staff que de clients pour nous expliquer que malheureusement le restaurant était plein ce soir… Ce qui n’était visiblement pas le cas. Disons que ces deux charmantes demoiselles ne voulaient peut-être pas prendre le risque de communiquer avec des gens qui ne maitrisent pas leur langue maternelle, qui est sûrement la seule langue qu’elles maîtrisent d’ailleurs. Ceci est une punchline.
Le mode rageux est désactivé à partir de cette phrase.
C’est ainsi que nous nous rabattîmes sur un autre izakaya tout proche de notre premier essai. L’endroit était aussi fréquenté et plutôt animé. La serveuse faisait des va et vient de table en table. Le restaurant tournait à plein régime.
Cette charmante jeune femme s’apercevant que nous ne maitrisions pas les kanjis nous offrit gentiment la carte en Anglais, après plusieurs minutes de Champolion en role play. C’était cool ! Parce qu’on ne comprenait que la carte des boissons (alcooliques !) et la carte des plats nous laissait un peu dubitatif, pour ne pas dire « sur notre faim ». (LOLILOL)
« Baniku »
C’est le mot que j’ai appris ce soir-là. Concrètement, cela signifie « viande de cheval ». Les trois-quarts des plats en contenaient. Nous étions dans un restaurant dont la spécialité était la chair de canasson. C’était leur « dada ». (XPTDR… Non, achevez-moi.)
« Bon bah… On va prendre des ailerons de poulet au wasabi, le plat à base de poisson moche qu’on vient juste de googliser et deux petites assiettes d’Udon… euh… d’Oden pardon. »
C’était grosso modo notre commande. Après quelques minutes d’attente où nous sirotions nos pintes de boissons alcoolisées, les plats arrivèrent enfin sur notre table.
Les ailerons de poulet que j’avais commandé étaient plutôt cools. Le poisson de Bastien avait le goût de son aspect, c’est-à-dire « moche ». Dommage pour lui…
« Alerte, Alerte ! Un objet non identifié a été repéré ! »

Ces deux soucoupes ne voulaient pas décliner leur identité. Nous étions totalement désarmés, et les autres clients ne semblaient pas vouloir nous venir en aide.
« Euuuuh… C’est des abats ? Genre des boyaux de cheval fris ? »
C’est avec cette courte phrase que je résume l’étendu de nos interrogations à ce moment. Après quelques minutes d’hésitation, Bastien pris son courage à deux mains et croquât dans ce qui ressemblait à un colon de solipède. Cet homme est si courageux. Ni une, ni deux, ni soixante-dix… Bastien ingurgita non sans dégoût un bout d’un autre morceau de cette chose informe.
« Huuum… C’est bon à l’intérieur. Ça a le goût de bacon ! » s’écriait-il.
« Oui, c’est l’urètre » lui répondis-je.

Voyant qu’il ne me restait plus un microgramme de poulet à manger, mais une assiette entière de morceaux infâmes baignés dans un bouillon marron caca, je décidais de m’enquérir sur Internet.
« Oden recette »
C’est la requête que j’ai formulé sur Google et qui m’a permis de comprendre que nous étions en face de morceaux de végétaux : du tofu, du konjac, des champignons, des algues et des chikuwabu… Pour ces derniers, ne cherchez pas sur Internet, ce ne sont que des tubes de gluten…
Au final, nous avons tout mangé… Et c’était sans intérêt. Fin.
































C’était bien cela ! Au bout de ce petit chemin se trouvait de nombreuses cabanes de pêcheurs, ce qui est plutôt bon signe. Après quelques mètres me voilà enfin sur la rive droite de la rivière Tama. Une piste cyclable s’étend le long de ce cours d’eau et à perte de vue.
En parcourant ce chemin asphalté, je rencontrai mes nouveaux camarades de running et nos cousins cyclistes. Je n’étais pas seul ! Cet endroit est si calme et si magique que je le sais déjà, je ne rechercherai pas d’autres lieux pour courir à Tachikawa. Bingo, l’affaire est pliée.




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